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LEGISPORT |
Tout sur le droit du sport |
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L'arbitrage est l’objet de vives polémiques : L’opinion de Patrick Cachoux, Docteur en Droit De nous jours, quelle que soit la discipline sportive considérée, et notamment le football, il ne se passe une journée de compétition, sans que la capacité, voire parfois la probité, des arbitres ne soit remise en question. Pourtant, le corps arbitral dans sa quasi totalité ne saurait faire l'objet d'aucun soupçon de partialité ou de corruption, notamment et plus particulièrement en France ; Ce même si spécifiquement dans le domaine du football, nombre de scandales sont venus ces dernières années émailler l'actualité, notamment en articulation avec les paris sportifs, en Allemagne, en Belgique et dernièrement en Italie. Malheureusement, au sein d'un monde sportif professionnel de plus en plus soumis à l'œil inquisiteur de caméras ultra-sophistiquées, offrant au téléspectateur des angles divers de vision, des ralentis multiples, des arrêts sur image et des révélateurs, l'arbitre demeure isolé puisque l'on se complaît à le restreindre à officier uniquement paré de la vertu et de la qualité de ses simples yeux et de son jugement instantané. Jadis, au cœur d'un univers sportif professionnel tout juste sorti de l'amateurisme, le talent et l'abnégation des arbitres pouvaient s'avérer suffisants, mais aujourd'hui, une simple erreur arbitrale est immédiatement placée sous les fourches caudines de l'analyse critique fort sévère de médias, en grand nombre, avides de sensationnel et de lynchages audiovisuels hebdomadaires, voire quotidiens. Ainsi, les yeux des médias fixés sur le sport font de l'arbitre la proie privilégiée de toutes les attaques et ses quelques et rares erreurs humaines involontaires, résultant bien souvent d'abus prémédités de joueurs profitant sciemment des lacunes du système, sont la cruelle cible ordinaire de tous les médias stigmatisant sur sa personne la responsabilité de toutes les injustices d'une société inégalitaire et bloquée. Nul ne peut, toutefois, disconvenir, au sein d'une société de plus en plus gratuitement violente, de l'intérêt majeur et du caractère délicat du rôle accompli par le directeur de jeu, dont malheureusement on apprécie uniquement l'excellence de la prestation lorsqu'il a eu l'opportunité de s'effacer totalement pour permettre au jeu de se développer pleinement mais encore faut-il que l'ensemble des acteurs du spectacle sportif aient chacun respecté l'éthique du sport ; ce qui est rare. A ce moment-là aucun remerciement. Aussi, au regard du rôle central joué par l'arbitre, tant au regard de sa responsabilité majeure de direction du jeu que de sa nouvelle position de coupable expiatoire de toutes les dérives du sport, il devient impératif de prévoir des modalités d'accompagnement de la mission qui lui est dévolue pour lui permettre de faire face aux impératifs modernes du sport du 3 ème millénaire ; ce particulièrement en matière de sport professionnel de haut niveau. En effet, désormais, comment peut-on imaginer que chaque rencontre sportive soit observée sous tous les angles par des centaines de milliers, voire des millions ou parfois des milliards, de téléspectateurs, sans que le principal intéressé par ces images, l'arbitre, ne puisse en bénéficier, exilé qu'il se trouve au milieu d'une arène d'impitoyables contradicteurs dotés de moyens techniques ultra-modernes toujours plus performants et puissants. Pourtant, faute d'évolution des moyens mis à la disposition de l'arbitre, celui-ci se trouve au centre d'un débat que l'on ne pourra encore bien longtemps éluder d'envisager si l'on entend éviter la survenance d'incidents voire d'un nouveau drame dans un stade. Notre sens des responsabilités est en jeu. Or l'arbitre est au sport ce que l'abeille est à la nature, et rappelons-nous ce qu'Albert Einstein disait à son propos : " Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’Homme n’aurait plus que 4 années à vivre; plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes.... ». De même, sans l'arbitre, aucun respect des règles du jeu, aucun spectacle, et donc aucun sport. L'arbitre est un acteur fondamental du développement du sport, or le sport, notamment au sein d'une société de plus en plus encline à vouloir satisfaire son désir de loisirs, se révèle être, non seulement un loisir privilégié des individus mais également un élément fondateur de la construction de la personnalité de chacun, dès lors, l'arbitre accomplit une mission essentielle de participation à la construction des acquis de chaque individu au sein d'un société pourtant marquée par une volonté farouche de s'affranchir du respect des règles conjuguée à un accroissement sensible de la violence qui en découle. Dès lors, dans un sport où tout a continuellement évolué à une vitesse exponentielle vertigineuse, couverture médiatique aux moyens ultra-sophistiqués, moyens des clubs sportifs de haut niveau en équipement comme en équipes d'encadrement, méthode d'entraînement et d'accompagnement des sportifs, revenus des sportifs et des arbitres, seule la mission d'arbitrer n'a pas connu d'évolution sensible des moyens dévolus au déploiement de cette activité. Or, il est curieux d'observer que, à l'exception des principaux intéressés, les arbitres de haut niveau, prompts à s'intéresser aux potentialités d'évolution de leurs moyens d'action, les représentants majeurs des instances supérieures du sport, notamment dans le domaine du football, sont nombreux à s'opposer à la généralisation de l'usage de dispositifs modernes de contrôle des actions de jeu, comme la vidéo.
Le rejet des arguments des adversaires de la vidéo L'argumentation des adversaires de la vidéo s'articule autour essentiellement de trois préceptes : le refus de l'instauration d'un sport à plusieurs vitesses, le maintien d'une dimension humaine à l'évènement sportif, et la volonté de juguler a priori le développement de toute velléité de porter devant les tribunaux les litiges sportifs. A ce stade, il convient de reconsidérer chacun des principaux arguments développés par les adversaires de l'usage de la vidéo dans le football pour démontrer leur innocuité. En premier lieu, en ce qui concerne le refus de l'instauration d'un sport à plusieurs vitesses, certes, cet argument peut sembler, à première vue incontournable, le fossé s'approfondissant davantage lorsque le sport de haut niveau bénéficie de moyens supplémentaires extraordinaires au regard de la pratique amateur commune. Toutefois, il serait particulièrement inconvenant de nier l'existence d'un véritable abysse séparant la pratique du sport professionnel de celle du sport amateur. Une évidente différence de traitement étant clairement perceptible entre les différents niveaux de pratique des sports, notamment des sports majeurs au regard de leur audience. Ainsi, depuis le jour où l'argent a investi le sport, notamment les sports populaires connaissant une remarquable couverture médiatique, le sportif professionnel bénéficie de moyens exceptionnels incomparables au regard de ceux dont bénéficie la pratique du sport amateur qui se réalise sans la mise à disposition de moyens particuliers au profit des sportifs. En effet, le sportif professionnel bénéficie, outre de rémunérations parfois très élevées, d'un environnement extrêmement favorable pour l'accomplissement de son activité et passion. Il évolue au sein de structures et installations ultra-modernes et confortables, il profite d'un préparation optimale pour réaliser ses exploits, il est entouré d'un personnel administratif et médical complètement dévoué à sa personne, il accomplit son activité sportive sous le regard de dizaines ou de centaines de milliers voire de millions de supporters, dans des stades, circuits ou autres espaces modernes, cernés de caméras disséquant ses actions sous des angles divers. Par contre le sportif amateur est très très très loin de cette vérité là. Finalement, si l'on considère le football, le seul point commun entre le sport amateur et le sport professionnel est la solitude absolue du trio arbitral. En second lieu, en ce qui concerne le maintien d'une dimension humaine à l'évènement sportif, l'argument consiste à insister sur le fait que la glorieuse incertitude du sport se doit d'être la règle cardinale susceptible de permettre un bon déroulement dudit événement ; à ce titre, le caractère fondamentalement naturel de l'erreur humaine qui fait partie de la vie et donc du sport, se doit d'être apprécié comme faisant partie intrinsèque de la glorieuse incertitude du sport. Aussi, dans le dessein de maintenir un zeste d'humanité au sport, dont l'arbitre est l'ultime gardien, il convient d'éviter l'omniprésence des technologies nouvelles pour juger de la validité de l'acte sportif afin de conserver la beauté du caractère humain, et donc faillible, de l'acte d'arbitrer. Pourtant, à l'instar du développement de l'usage de nouvelles technologies dans certains sports, la vidéo peut quelquefois s'avérer utile. Ainsi, par exemple, voici longtemps, l'athlétisme et le cyclisme ont jugé utile de faire appel au chronomètre et ultérieurement à la "photo finish" développant également considérablement leurs moyens de contrôle électroniques avec le temps. Aujourd'hui, ces sports se battent aussi pour éradiquer la tricherie en luttant férocement contre le dopage. Depuis, un très grand nombre d'années le football US est doté d'extraordinaires moyens vidéos permettant aux sept arbitres de vérifier, dans un grand nombre de cas, la validité des actions réalisées par les équipes. Ce système fonctionne à merveille et réduit d'autant les potentialités d'erreurs humaines. Le hockey sur glace a suivi la même évolution. Le rugby, depuis 6 ans, s'est également doté de moyens vidéos, essentiellement dans le cadre des matchs internationaux. A ce niveau, l'arbitrage vidéo doit respecter un cahier des charges strict : à la demande expresse de l'arbitre de champ un arbitre vidéo, obligatoirement international, installé seul dans un local "neutre" et insusceptible d'entrer en contact avec quiconque d'autre que l'arbitre de champ, se voit affecter la mission d'étudier les images enregistrées pour répondre aux sollicitations concernant les phases de jeu se déroulant dans l'en-but. Toutefois, la vidéo, même si parfois elle permet aux arbitres de se prémunir contre une potentielle décision erronée liée à une impossibilité d'analyser à vitesse réelle de la validité d'une action, n'apporte pas forcément à coup sûr la solution idéale ; ce n'est qu'un moyen utile de soutien à l'arbitrage, suppléant l'arbitre dans l'interprétation de l'action de jeu, mais certaines images demeurent difficiles à interpréter. Le tennis, outre la présence d'un nombre impressionnant d'arbitres autour du terrain vient d'expérimenter l'usage d'un système électronique de vérification des trajectoires des balles, appelé Hawk-Eye, pouvant trancher les litiges entre l'un des joueurs et l'arbitre de chaise; ce système initié, en 2006, lors du Master Series de Key Biscayne, repris pour l'US Open 2006, tournoi du grand chelem, permet au joueur de faire appel à l'arbitrage vidéo à deux reprises ou jokers par set pour demander que soit reconsidérée la position de l'arbitre vis-à-vis d'un point litigieux. Si la vidéo lui donne raison, il ne perd pas de joker, sinon un joker lui est retiré. Toutefois, la décision d’utiliser la vidéo ne fait pas l’unanimité ; selon Roger Federer : "C’est de la folie ce qui se passe, c’est de l’argent jeté par la fenêtre. Je trouve que ça n’apporte pas grand-chose, faire confiance aux arbitres devrait faire partie du fair-play ". Malheureusement, il ne faut pas être naïf, si un sportif de la qualité de Roger Federer est également un admirable homme de grande classe, foncièrement courtois et honnête, le sport a connu, à l'instar d'une société, une dérive fondamentale ces dernières années, la multiplication des tricheries des acteurs du jeu rendant d'autant plus difficile la mission des arbitres. Il est donc impératif que les dirigeants, les entraîneurs, les joueurs et le public respectent l'arbitre et intègrent le fait qu'il puisse se tromper. Cela me paraît primordial. Un argument connexe au maintien d'une dimension humaine de l'évènement sportif consiste à vouloir limiter le recours à l'arbitrage vidéo pour éviter la répétition et multiplication des interruptions de match qui auraient un effet détestable sur le déroulement naturel et le rythme du jeu. On craint notamment la généralisation, parfois pour des motifs indus, des contestations de la part de joueurs ou dirigeants qui feraient exagérément appel aux consultations vidéo. L'exemple du joker en tennis serait alors une bonne option pour réduire le nombre de contestations. Vis-à-vis de cette volonté de limiter les potentialités de hacher un match, il faut considérer que pour le cas particulier du football, nombreuses peuvent déjà être les interruptions du jeu, parfois pour des motifs sérieux comme les blessures et les changements de joueurs, mais parfois aussi pour des motifs indus, et que depuis l'instauration du temps additionnel ces atteintes à l'équité et l'éthique sportive sont corrigées. Toutefois, désormais, plus le moindre match ne se termine à la même heure ; ce, sans même parler des matchs décalés pour raison d'exposition télévisuelle. En troisième lieu, en ce qui concerne la volonté de juguler a priori le développement de toute velléité de porter devant les tribunaux les litiges sportifs, ce souhait est déjà vain. Certes nombre de fédérations sportives précisent dans leur règlement intérieur l'interdiction totale de tout recours auprès des juridictions ordinaires. Le sportif se devant d'éviter d'engorger plus encore des juridictions de droit commun déjà fortement victimes de l'accroissement des requêtes. En effet, à l'instar des évolutions sociétales conduisant une explosion du nombre des litiges soumis au contrôle juridictionnel, les hautes autorités du sport craignent que si l'on ouvre la boîte de Pandore de la contestation, notamment au moyen de la reconnaissance de la preuve de la vidéo, les contestations sportives connaissent une croissance exponentielle et que la gestion de ces litiges ressorte des tribunaux ordinaires échappant ainsi à la gestion et au contrôle desdites autorités sportives. Malheureusement pour ces autorités, après une juridicisation constante du secteur sportif, une juridiciarisation s'est largement engagée et l'évolution en ce domaine semble inéluctable. Aussi, il semblerait plus urgent d'accompagner cette évolution au lieu d'obstinément faire barrage et s'arc-bouter sur des systèmes dépassés. En conclusion, il convient de lancer un véritable mouvement de soutien au profit des arbitres, afin que l'ensemble des acteurs et intervenants du domaine du sport comprennent l'impérative nécessité d'exonérer ces acteurs indispensables des dérives intervenant dans des domaines connexes au sport mais non sans lien avec lui. Désormais, notamment en football, il devient inéluctable de démontrer à tous l'absence d'altération de la régularité des compétitions, non seulement pour éviter les amalgames, après les indélicatesses survenues à l'étranger, mais aussi pour sauvegarder un sport populaire et attractif, dont on ne peut se satisfaire d'entendre dans tous les bars du commerce de la planète qu'il est le théâtre singulier "de petits arrangements entre amis". En effet, face aux fabuleux intérêts financiers, économiques, commerciaux et sportifs, du monde du football professionnel, et au regard de la remarquable couverture médiatiques des matchs, il est impératif que toute tricherie ou tout geste dangereux soit sanctionné, parfois même a posteriori, que chaque faute dans la surface de réparation soit sanctionnée, chaque hors-jeu et penalty soit justifié, chaque but valable soit validé. Ainsi, l'arbitre redeviendra au yeux de tous ce qu'il n'aurait jamais dû cessé d'être un être respectable et respecté. Patrick Cachoux, Docteur en Droit, Novembre 2006 Photos Claude Fulconis |
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